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Le musée Dapper rend hommage au géant Ousmane Sow

Né à Dakar au Sénégal en 1935, le sculpteur de génie Ousmane Sow a tiré sa dernière révérence le 1er décembre 2016 à l’âge de 81 ans.

Ousmane Sow et le Guerrier debout (série « Masaï ») (détail) © Béatrice Soulé / Roger Viollet / ADAGP
Ousmane Sow et le Guerrier debout (série « Masaï ») (détail) © Béatrice Soulé / Roger Viollet / ADAGP

Samedi 29 avril 2017, le Musée Dapper situé dans le 16 ème arrondissement parisien, premier musée à lui avoir consacré une exposition, lui a rendu un hommage ému avec la projection de deux films documentaires signés Béatrice Soulé, le grand amour de sa vie.

Ce fût un hommage international, puisque les projections de ces mêmes films ont eu lieu simultanément dans le théâtre de verdure de l’Institut français de Dakar au Sénégal en présence de la réalisatrice Béatrice Soulé, qui inaugurait également l’exposition « Il faut tenir compte de la stature du sculpteur » au Centre socioculturel Joseph Babacar Ndiaye à Gorée.

L’après-midi parisienne au Musée Dapper a commencé avec le premier documentaire de Béatrice Soulé intitulé « Ousmane Sow ».

Pendant 26 minutes de ce documentaire écrit comme une lettre d’amour de Béatrice à son bien-aimé Ousmane, on observe la créativité de ce génie de la sculpture, célèbre pour avoir imaginé des statues géantes plus vraies que nature aux regards puissants. Ousmane, de ses doigts de kinésithérapeute habitués à manipuler les muscles dans son cabinet parisien, a fait naître d’incroyables familles : les Zoulous, les Peuls, les Masaïs, les Noubas…  aujourd’hui dispersées dans des collections particulières au quatre coins de la planète, que l’on a plaisir à voir réunies dans ces images de 1996.

Il façonne des silhouettes en ajoutant sans cesse de la matière, contrairement aux traditionnels sculpteurs qui créent en taillant et en enlevant de la substance. Avec ses recettes de mélange de matières qui assurent un rendu exceptionnel parfois proche du bronze dont lui seul détenait le secret (macération parfois pendant plus de quatre longues années) Ousmane nous surprend par sa technique et la dextérité de son geste. Tel un embaumeur de momies, il fige ses géants universels dans le temps et écrit à sa manière l’histoire de ces peuples.

Ousmane Sow dans son atelier, 1998 – © Béatrice Soulé / Roger Viollet / ADAGP.
Ousmane Sow dans son atelier, 1998 – © Béatrice Soulé / Roger Viollet / ADAGP.

Ousmane est libre comme ses statues ! Lui qui tient tellement à sa propre liberté de travailler dans son atelier en plein air sans contraintes de dimensions, n’aime pas emprisonner ces corps dans les musées, cela le plonge dans une profonde tristesse et le contrarie ! On ne peut que lui donner raison quand on admire majestueuses ces fières statues dans leur environnement naturel, participant à la vie des villages où elles sont implantées, et respirant la vie !

Plantées à la Biennale de Venise dans des salles d’exposition étriquées, leur expression a changé. Les visages se sont durcis et renfermés comme celui d’Ousmane dont l’excitation de participer à cette grande foire internationale de l’art contemporain et de présenter ses œuvres à côté de celles de Giacometti (son sculpteur préféré) ne suffit pas à lui donner le sourire. Il s’ennuie le grand Ousmane, lui qui a toujours refusé les ghettos des expositions d’art contemporain africain…

Son sourire franc et fier, il le retrouvera à la fin du second film de Béatrice « Ousmane Sow, le soleil en face » (2000). Béatrice a filmé pendant de longs mois de labeurs un visage anxieux et concentré à la préparation de l’installation monumentale des guerriers indiens et des chevaux de la bataille de Little Big Horn.

La tension est palpable, et nous spectateurs, tremblons quand la pluie se déclenche sur les statues inachevées ou quand les manutentionnaires les déplacent une fois terminées, en les arrachant à leur maître qui assiste à ce spectacle silencieux, inquiet de les voir se briser.

Le visage d’Ousmane Sow se détend enfin à la fin de ce documentaire de 55 minutes quand il découvre ébloui et ému l’installation sur l’île de Gorée de tous ces personnages qui prennent enfin vie pendant la Biennale de Dakar.

Ousmane Sow est le premier artiste originaire d’Afrique à être entré à l’Académie des Beaux Arts en 2013 pour l’ensemble de son oeuvre artistique. Une reconnaissance à la mesure de son talent immense… Lui qui mesurait plus de deux mètres, n’était pas un géant que par sa taille…

 

 

 


Afriques Capitales : une exposition signée Simon Njami

Fronton de l’exposition « Afriques Capitales » de Simon Njami à la Villette
Fronton de l’exposition « Afriques Capitales » de Simon Njami à la Villette

On ne présente plus Simon Njami !

Né en 1962 au Cameroun cet homme de lettres et de culture est tour à tour écrivain, essayiste, critique d’art et commissaire d’expositions.

En matière d’art contemporain africain son curriculum vitae est un parcours sans faute : Directeur artistique des Rencontres de la photographie de Bamako de 2001 à 2007, co-commissaire du premier pavillon africain de la 52 ème édition de la  Biennale de Venise en 2007, directeur des Triennales de Luanda et de Douala en 2010, Directeur artistique de la 12 ème édition de Dak’art, Biennale d’art contemporain à Dakar en 2016 …

Basé à Paris où il a fondé la Revue Noire dans les années 1990 avec son acolyte de toujours Jean-Loup Pivin, Simon Njami travaille essentiellement à l’international et sur le continent africain car la capitale française peine à se mettre à l’heure de l’art contemporain africain.

Commissaire de l’exposition  « Africa Remix » à Beaubourg à Paris en 2005, Simon Njami a attendu plus de douze ans avant de pouvoir enfin présenter à nouveau en France l’incroyable étendue de son talent à rassembler des artistes et à sublimer leurs œuvres dans des scénographies où il excelle.

Désigné par la galeriste Dominique Fiat à l’initiative d’une manifestation plus globale intitulée Africa Aperta, Simon Njami est le commissaire de l’exposition  « Métropolis Afriques Capitales » qui se tiendra dans la Grande Halle de la Villette à Paris jusqu’au 28 mai 2017.

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Simon Njami entouré des artistes de l’exposition dans le salon marocain imaginé par l’artiste Hassan Hajjaj.

Inaugurée le 28 mars dernier, elle rassemble les œuvres pluridisciplinaires ( photographies, vidéos, installations, peintures … ) d’une cinquantaine d’artistes originaires du continent africain ou de la diaspora que le public parisien aura loisir à découvrir pendant presque deux mois à la Villette, avant de retrouver certains de ces artistes dans un deuxième volet de l’exposition qui se tiendra à Lille jusqu’en septembre 2017.

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Vue de l’exposition « Afriques Capitales » de Simon Njami à la Villette

Presque 30 ans après « Magiciens de la Terre » première exposition d’art contemporain africain à Paris proposée par Jean-Hubert Martin dans cette même hall de la Villette, Simon Njami a relevé le défi de présenter une Afrique résolument contemporaine soutenue par des artistes avec des propositions artistiques puissantes qui reversent en un coup d’œil tous les préjugés que le visiteur non averti peut avoir du continent !

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Africa Untitled – Installation d’Ato Malinda, 2017

L’exposition conçue comme une ville imaginaire invite à une déambulation curieuse dans une lumière douce et nocturne où il est plaisant de se perdre et de flâner en écoutant la Symphonie urbaine, création sonore crée pour l’occasion par Lucas Gabriel, à la découverte du dynamisme de l’art contemporain africain qui réunit pas moins de 50 artistes.

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Installation Labyrinth de Youssef Limoud, 2017

Le parcours de l’exposition est construit comme un labyrinthe qui se dessine à partir de l’installation monumentale en pierre au cœur de l’espace de l’artiste égyptien  Youssef Limoud,  intitulée non sans hasard : Labyrinth.

 « Entre ordre et chaos, structure et ruines, la fragilité du corps humain et la violence de la réalité à la fois dans ses aspects métaphoriques et littéraux, ce travail parle de la destruction qui nous entoure et qui ne cesse jamais de menacer notre existence qui, en elle-même, constitue également une manière de labyrinthe » précise Youssef Limoud.

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« Notre pari a été d’inventer la ville de toutes les villes. Une ville qui n’appartiendrait à personne, mais dans laquelle chacun pourrait trouver des repères qui lui soient personnels. Certains chercheront à reconnaître telle ville en Afrique ou telle ville dans le monde, lorsqu’en réalité nous serons plongés dans une fiction dont le but est de faire surgir l’essentiel et de plonger l’audience dans une vérité différente » nous confie Simon Njami.

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Falling Houses (1,2,3), Sculptures de Pascale-Marthine Tayou, 2014

En effet, à l’image des maisons qui tombent  « Falling Houses » pensées par l’artiste camerounais Pascale Marthine Tayou, nous sommes complètement déboussolés et perdons nos repères dans cette ville imaginaire.

« Cette maison suspendue au plafond est la maison des dogmes, des joies, du répit, des peurs, des frustrations, du malheur, du bonheur. Cette maison c’est nous, l’espèce humaine » résume l’artiste Pascale Marthine Tayou.

Cet événement important à l’échelle locale où il est rare de voir des expositions consacrées aux artistes venus du continent africain, trouve tout son écho à l’échelle internationale.   Grâce à la puissance des œuvres les esprits voyagent dans une géographie réinventée avec brio par le commissaire d’expositions où les frontières s’effacent …

 « En perdant le visiteur dans un monde qu’il serait incapable de revendiquer totalement,  nous entendons le contraindre à se penser autrement et à penser l’altérité en des termes nouveaux  » conclut Simon Njami.

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Négociations sentimentales acte V, Joël Andrianomearisoa, 2014