Carte Blanche à Alain Mabanckou à la Fondation Louis Vuitton

Alain Mabanckou, animant le débat à l’auditorium de la FLV en compagnie de Kidi Bebey (la fille de Francis Bebey) Crédit photo : Claire Nini
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En résonance à l’exposition Art/Afrique, le nouvel atelier imaginé par la commissaire d’exposition et directrice artistique Suzanne Pagé, la Fondation Louis Vuitton a donné carte blanche à Alain Mabanckou.

Ambianceur des esprits il a concocté un programme exceptionnel les 24 et 25 juin intitulé « Penser, dire, raconter et jouer l’Afrique » mettant à l’honneur la poésie et la littérature francophone.

Pendant le temps d’un weekend, les visiteurs de la Fondation Louis Vuitton ont été gâtés. Ils ont eu la chance de rencontrer des personnalités artistiques de renom comme le journaliste Soro Solo, animateur de l’émission L’Afrique en Solo sur RFI, Daniel Laferrière, premier auteur haïtien à siéger à l’Académie française, ami de longue date d’Alain Mabanckou ou encore le slameur Marc Alexandre Oho Bambe plus connu sous le nom de Capitaine Alexandre.

Ce billet propose une promenade à travers la programmation de la journée du samedi 24 juin à laquelle j’ai assisté avec grand plaisir, après avoir gagné une invitation suite à un jeu concours organisé par la radio France Culture.

Ce fût facile : il suffisait de savoir qui était l’architecte de la Fondation Louis Vuitton. Il ne s’agissait pas de Jean Nouvel à qui on attribue, en revanche, la somptueuse Philarmonie de Paris, ni de Christian de Portzampac, mais bel et bien de Franck Gehry.

Alain Mabanckou, animant le débat à l’auditorium de la FLV en compagnie de Kidi Bebey (la fille de Francis Bebey) Crédit photo : Claire Nini

Alain Mabanckou, animant le débat à l’auditorium de la FLV en compagnie de Kidi Bebey (la fille de Francis Bebey) Crédit photo : Claire Nini

Mon billet gagnant fièrement retiré, je m’apprêtais à vivre un voyage inoubliable de 15h à 21h allant de surprise en surprise au fil de cette riche programmation imaginée par Alain Mabanckou.

Alain Mabanckou, est un auteur, poète et essayiste originaire du Congo Brazzaville, que j’apprécie tout particulièrement pour sa personnalité et son esprit libre et critique. Professeur de littérature francophone à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA),  élu à la Chaire de création artistique du Collège de France (2015 2016), j’avais suivi à Paris tous ces cours au Collège de France avec grand enthousiasme avec le sentiment à chaque fois de vivre des moments historiques.

Semaine après semaine,  un professeur aux allures de sapeur congolais, nous dispensait des cours de littérature francophone avec un humour qui décoiffait les habitués des bancs de cette vieille institution datant de François 1er.

Une décolonisation des esprits en bonne et due forme …

https://www.college-de-france.fr/site/alain-mabanckou/

Je fus très heureuse de retrouver ce même vent de fraîcheur dans cette programmation spécialement conçue par ce génie des mots qui a également le don de réunir autour de lui de belles personnalités.

Gabriel Kinsa, le conteur devant une photographie de Seydou Keita.Crédit photo : Claire Nini  

Gabriel Kinsa, le conteur devant une photographie de Seydou Keita.Crédit photo : Claire Nini

L’après midi commença  avec les contes Kongo du comédien et metteur en scène Gabriel Kinsa, reconnu comme l’un des meilleurs conteurs francophones.

Pendant plus d’une heure, il nous plongea dans son univers et nous étions suspendus à ses lèvres. Une ballade plaisante à travers les légendes et croyances ancestrales.

Au fil de l’évolution de l’histoire, nous déambulions dans les espaces de l’exposition Les Initiés présentée au sous sol, avec la curieuse soif de connaître la suite. Un enchantement fait d’intrigues et de mystères mais aussi d’humour, d’interludes musicales, de moments de poésies et de chansons.

La prestation de Gabriel Kinsa a été chaleureusement saluée par un public transgénérationnel sous le charme.

Criss Niangouna déclamant sa poésie dans la cascade. Crédit photo : Claire Nini

Criss Niangouna déclamant sa poésie dans la cascade. Crédit photo : Claire Nini

C’est ensuite le comédien et auteur Criss Niangouna qui a fait résonner les œuvres poétiques de Tchicaya U Tam’si et Bernard B.Dadié dans un dialogue qu’il  a intitulé  » Frères de rimes. »

Une expérience sonore inédite où les mots claquent et se confondent avec les clapotis de la cascade et les sons du musicien Pierre Lambla.

  • Débat : Voix de femmes et diasporas africaines à l’auditorium. Crédit photo : Claire Nini

    Débat : Voix de femmes et diasporas africaines à l’auditorium. Crédit photo : Claire Nini

    La suite des événements s’est poursuivie dans l’auditorium de la FLV. Alain Mabanckou a donné la parole à quatre femmes puissantes autour du débat « Voix de femmes et diasporas africaines » avec un panel composé de Kidi Bebey (auteure et journaliste), Caroline Blache (historienne, documentariste et photographe), Nadia Yala Kisukidi (Docteure en philosophie) et Lucy Mushita (Professeure de Littérature à l’Université). Tour à tour, elles ont expliqué comment en tant que femmes vivant et exerçant leur profession en Europe, elles contribuent à écrire et raconter l’Afrique en fonction de leurs histoires personnelles de diasporas.

Un extrait du web documentaire « Noire Amérique » de Caroline Blache a été projeté ouvrant la réflexion aux comparaisons avec la communauté afro américaine.

http://creative.arte.tv/fr/noireamerique

Le comédien Modeste Dela Nzapassara dans Black Bazar. Crédit photo : Claire Nini

Le comédien Modeste Dela Nzapassara dans Black Bazar. Crédit photo : Claire Nini

Les quatre femmes puissantes ont ensuite laissé la parole au comédien Modeste Dela Nzapassara qui s’est illustré dans une adaptation théâtrale du roman Black Bazar d’Alain Mabanckou, nous offrant plus d’une heure des savoureuses aventures d’un sapeur congolais vivant dans le quartier de Château Rouge dans le 18ème arrondissement de Paris.

Le sapeur de Black Bazar très applaudi s’est éclipsé en cédant la place au dandy et poète Abl Al Malik.

Abl Al Malick slame à l'auditorium. Crédit photo : Claire Nini

Abl Al Malick slame à l’auditorium. Crédit photo : Claire Nini

 

La soirée s’est en effet terminée en beauté avec la prestation très attendue du rappeur slameur qui nous a narré avec sa diction et son phrasé inimitable sa rencontre adolescente avec l’écrivain Albert Camus. Fasciné par les mots du prix Nobel, le jeune Abd Al Malik commence à son tour à écrire des textes puis des films …

«  Avec mes invités, nous voulons délivrer le message suivant : l’Afrique est à reconsidérer aussi bien dans les méandres de l’Histoire que dans les lacis du présent. » Tel est le pari réussi avec brio pour Alain Mabanckou et ses illustres invités qui ont donné à voir et à entendre une Afrique vibrante.

La programmation d’excellence pensée par Alain Mabanckou a redonné toutes ses lettres de noblesse à la littérature francophone.

 » Etre un écrivain francophone, c’est être dépositaire de cultures, d’un tourbillon d’univers. Etre un écrivain francophone, c’est certes bénéficier de l’héritage des lettres françaises, mais c’est surtout apporter sa touche dans un grand ensemble, cette touche qui brise les frontières, efface les races, amoindrit la distance des continents pour ne plus établir que la fraternité par la langue et l’univers. La fratrie francophone est en route. Nous ne viendrons plus de tel pays, tel continent, mais de telle langue. Et notre proximité de créateurs ne sera plus celle des univers. » a conclu le maître de cérémoniel à la fin de cette première journée.

Une fois de plus Alain Mabanckou nous a donné une leçon d’élégance doublée d’un message de paix universel …

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2 réflexions au sujet de « Carte Blanche à Alain Mabanckou à la Fondation Louis Vuitton »

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