Diane Fardoun, réalisatrice de l’Appel à la Danse au Sénégal nous présente son film et son équipe

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Le 27 avril dernier j’ai assisté à la première parisienne au Cinéma Les Batignolles du sublime film L’Appel à la Danse, réalisé par Diane Fardoun, franco-libanaise, qui est aussi une danseuse professionnelle. Diane, directrice artistique de ce magnifique film d’1 heure 20 est partie à la rencontre des danseurs sénégalais, accompagnée d’une belle équipe (images Hugo Bembi, investigation Pierre Durosoy, et  bande-son Julien Villa). Nous avons rencontré Diane émue, à l’issue de la projection présentée par Accent Parisien qui a reçu un standing ovation du public. Un moment de grâce pour cette équipe bénévole depuis 5 ans

Diane Fardoun, tu es la directrice artistique du film l’Appel à la Danse au Sénégal, mais tu es aussi une danseuse, peux-tu te présenter et nous expliquer ton parcours ?

Racontes-nous les débuts de ce magnifique projet …

Expliques-nous cette façon si particulière qu’a Hugo de filmer les danseurs ?

Comment as-tu découvert la musique de Julien Villa et expliques-nous ta rencontre avec Hugo Bembi ?

Et donc la troisième personne de ton équipe (très masculine) c’est Pierre Durosoy, dit Paya, qui a rejoint ton équipe. Expliques-nous ta rencontre avec Paya et comment tu manages ton équipe ! 

Une fois la somme de 3500 euros récoltée, vous partez immédiatement au Sénégal pour le tournage racontes-nous ce départ immédiat. 

Quelle a été la réaction des danseurs suite à la projection du film au Sénégal ? 

Enfin, Diane, comment peux-tu expliquer ton appel personnel à la danse ?

Teaser du film 

https://vimeo.com/307527315

Suivez Diane Fardoun et son équipe sur leur page facebook 

https://www.facebook.com/SCREENSKINfrance/

L’Afrique c’est chic : décolonisons la mode

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Deuxième journée du séminaire expérimental : Les Etats Généraux de la mode, à la Colonie. Il a été question de luxe, de jeunes créateurs, de stratégies marketing et de commercialisation. Comment faire sa place sur internet, dans les fashions weeks, ou dans les grands magasins afin de capter ses cibles en vue de conquérir la planète et rendre sa mode universelle ?

Campagne de pub Vlisco. © Vlisco

Jean-Marc Chauve, enseignant à l’IFM (Institut Français de la Mode) et à l’IFA (International Fashion Academy) à Paris, introduit le débat et revient sur la thématique de la décolonisation. Il témoigne :

« Dans les années 90, Lamine Kouyaté plus connu sous le nom de Xuly Bët, n’était pas présenté comme un créateur africain, aujourd’hui effectivement il y a cette thématique de la mode africaine qui permet à beaucoup de devenir visibles, mais il est très difficile pour eux d’échapper à cette étiquette qui les enferme et qui est très réductrice ! Décoloniser la mode ne semble pas être tout à fait la bonne stratégie car la mode européenne a imposé ses codes à l’ensemble du monde aujourd’hui et il est assez difficile d’aller contre. La bonne stratégie ça serait plutôt l’inverse : c’est-à-dire ça serait à la création africaine de coloniser la mode internationale institutionnelle. L’idée est de s’y introduire pour pouvoir la transformer. Et cela suppose d’avoir les codes, la formation… »  

Internet comme stratégie pour acquérir une notoriété dans le monde de la mode en terme d’image

« Même si les logistiques d’import-export, de douanes et de taxes, sont encore parfois très complexes, Internet a complètement aplani la carte du monde, tout est accessible partout grâce au web, les déserts numériques ont largement reculé. Certains pays sur le continent ont eu la 4G bien avant la France. J’ai eu la 4G à Lomé avant de rentrer en France en 2015« , s’enthousiasme Stéphanie Prinet-Morou, franco-togolaisecréatrice du cabinet de conseils Metis Insights qui se décrit sur son linkedin comme une « actrice de la transformation digitale en Afrique ».

Stéphanie Prinet Morou. Fondatrice du cabinet de conseils Metis Insights. © Metis Insights

« Internet permet à des nouvelles marques même reculées géographiquement de se faire connaître à l’international à condition d’avoir un talent pour créer de l’image. La difficulté est de réussir à avoir une certaine notoriété en terme d’image et de transformer cela en business. » explique Jean-Marc Chauve.

Petits créateurs et grandes maisons : des collaborations plus ou moins heureuses

« Là où on a vécu un véritable tournant en 2018 c’est avec l’arrivée des collaborations, des collections capsules produites en petite séries comme par exemple Maison Château Rouge X Monoprix, CSAO X Cyrillus, Aïssa Dione X Louboutin. Ces marques ont pactisé avec des maisons de grande diffusion et de grande visibilité rendant accessibles en prêt-à-acheter ce que l’on trouve d’habitude en exemplaires uniques. La singularité de cette mode made in Africa est de faire du sur-mesure et ces collaborations ont permis de franchir des sphères, jusqu’à présent réduites à des cercles d’amateurs », constate Stéphanie Prinet Morou.

Campagne de pub. Collab Maison Château Rouge X Monoprix © Maison Château Rouge.

Collab CSAO X Cyrillus. © CSAO

« Si vous faites le choix de la collaboration avec les plus gros acteurs de diffusion comme les grands magasins et que vous n’êtes pas capables de répondre à leurs demandes de production en terme de volume, ça peut être fatal pour votre marque, en tant que jeunes créateurs« , met cependant en garde Stéphanie Prinet-Morou.

Campagne de pub Africa Now aux Galeries Lafayette. © Galeries Lafayette

Pour la créatrice Kate Mack, présente sur la table rondeces collaborations avec des grandes enseignes sont à manier avec extrême précaution : « Attention autant ce genre de collaborations avec les Galeries Lafayette ou le Bon Marché peut véritablement vous propulser en tant que jeunes créateurs, autant cela peut littéralement vous enterrer. On va vous demander des volumes colossaux, pour lesquels vous allez être obligés de faire des emprunts pour répondre à cette production massive. Cela peut vous ruiner… »

La mode comme nouveau secteur d’investissement prometteur sur le continent

Alors que le métier de styliste est encore trop souvent dévalorisé sur le continent, il y a cependant pour Stéphanie Prinet-Morou une récente prise de conscience pour certains gouvernements de voir la mode et la création comme des potentiels leviers de développement, des alternatives aux énergies fossiles qui s’épuisent : « Il y a de vraies fortunes, des millionnaires sur le continent qui investissent dans les fashion weeks, dans la production ou l’achat de collections. C’est grâce aussi à ce genre d’initiatives privées que l’on fera bouger les lignes. »

Stéphanie Prinet Morou est d’ailleurs la créatrice du premier e-concept-store d’articles de luxes made in Africa et internationaux sur le continent. Un pari certes audacieux, mais pas si fou.

Restons donc optimistes ! Une autre histoire de la mode est en train de s’écrire …

Petite histoire du wax : décolonisons la mode

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A l’occasion de la Fashion Week, Les Etats généraux de la mode se sont tenus à la Colonie à Paris, les 19 et 20 janvier 2019. Lors de ce week-end spécial sous forme de séminaire expérimental, la thématique générale était : décolonisons la mode. Les nombreux intervenants organisés sous forme de tables rondes ont débattu avec passion. Revenons sur l’histoire du Wax, star des podiums. 

De toutes les matières c’est la wax qu’on préfère !

De Douala à Bamako, d’Abidjan à Cotonou, de Paris Barbès ou Château Rouge à New-York, le wax est depuis quelques années devenu une star incontournable de la mode occidentale. A la une des magazines de mode et des défilés, mais aussi des magazines de déco, le wax s’invite partout dans nos gardes robes et nos appartements par petite touche ou en total look. Wax caméléon, tantôt espadrilles, cravates, nœuds paps, sac à mains, valises ou parapluies. Wax d’ameublement : coussins, lampes, caches-pots pour cactus, tabourets ou tables basses. Attention toutefois à l’accumulation de motifs et de couleurs et surtout attention à ne pas frôler l’overdose !

Parapluies en wax. Image libre de droit (CC)

Comme dirait l’anthropologue Anne Grosfilley dans son ouvrage Wax and Co paru en 2017 aux éditions de la Martinière : « Trop de Wax tue le wax ! « 

Le wax est devenu sociologiquement l’étendard d’une africanité pour toute une génération et notamment pour des stars afro-américaines comme Beyoncé qui le portent fièrement comme signe d’appartenance à une communauté et revendique par ce vêtement identitaire leur descendance africaine.

Mais, le wax est devenu bien plus qu’un simple vêtement, il peut revêtir des symboliques religieuses, publicitaires ou politiques.

Un des exemples les plus emblématiques est celui de Mobutu, qui dans sa folie mégalomane, a fait imprimé des milliers de yards d’un wax imprimé léopard avec son portrait en médaillon. En effet, il aimait lors de sorties publiques que toute la population lui rende hommage.

Plus récemment, à l’élection de Barack Obama, le pagne présidentiel à son effigie a fait un carton international. Le sac à main de Michele Obama, est quant à lui, un motif de pagne très prisé, notamment par les femmes au Nigéria qui se l’arrachent et plus largement plébiscité sur tout le continent. Le motif du sac à main de l’ex-première dame est d’ailleurs répertorié dans les imprimés de Vlisco la référence hollandaise.

Le Wax est aussi souvent le garant d’une tenue sympa et colorée pour les occidentaux qui rêvent d’ailleurs et d’exotisme. Les sappeurs du Congo, rêvent eux aussi d’ailleurs en portant des vêtements des grands couturiers, français, anglais, italiens ou japonnais.

Les créateurs occidentaux l’utilisent comme un vocabulaire nouveau qui vient enrichir leur univers. Un souffle d’exotisme  sur la mode occidentale. Et ce n’est pas nouveau. Déjà en 1967, Yves Saint Laurent consacrait une collection à l’Afrique intitulée Bambara.

Tous en wax !

Jean-Paul Gaultier, Louis-Vuiton, Agnès. B, Balmain, Stella Jean, Dries Van Noten, ou plus récemment la styliste britannique Stella Mc Cartney (par ailleurs fille de Paul Mc Cartney des Beatles) dont le défilé à la dernière fashion week a fait polémique et suscité de vives réactions et enflammé le débat autour de la réappropriation culturelle, tous ont utilisé plus ou moins grossièrement ces dernières années du wax dans leurs collections.

Défilé Stella Mc Cartney, Fashion week 2018. © Stella Mc Cartney, Catwalk/ Getty Images

Ainsi, on a pu voir Anna Wintour, en 2012, la grande prêtresse de la mode, rédactrice en chef du magazine VOGUE USA arboré un imper’ tout en wax signé Burberry. Très vite imitée par d’autres stars comme les chanteuses Lady Gaga ou Gwen Stefani.

Tous en wax comme nouveau slogan de la branchitude poussée au paroxysme du cool. En France, c’est la comédienne Blanche Gardin qui à la cérémonie des Césars en 2018 est apparue toute de wax vêtue ! Si elle n’a pas repartie avec un César, sa robe en wax, a en revanche, elle été sacrée plus belle robe de la cérémonie par le magazine ELLE, son secret : By Natacha Baco, une marque en vogue qui surfe aussi sur la tendance wax.

La même année, le chanteur Mathieu Chédid en tournée avec ses musiciens maliens pour l’album Lamomali ne quitte plus ses zizis Repetto en wax, modèle unique conçu pour la star, vendues en boutique environ 300 euros la paire. De même dans ses clips et sur scène, M ne se sépare jamais de sa panoplie de vestes en wax griffées Jean-Paul Gaultier !

Histoire du wax : son ancêtre le batik indonésien

Mais revenons sur l’histoire de ce petit bout de tissu en coton nommé wax, dont l’ancêtre le batik indonésien est inscrit au patrimoine immatériel de l’Humanité de l’Unesco depuis 2009. Petit bout de tissu très convoité, le wax est l’objet de beaucoup de fantasmes sur l’identité africaine, alors que paradoxalement sa production et sa commercialisation sont historiquement et majoritairement européennes, sans parler de la concurrence chinoise qui est une menace sévère à prendre très au sérieux aujourd’hui à l’heure de la globalisation où les copies bon marché peuvent tromper l’œil des clients les plus avertis qui ne jurent que par « le véritable wax hollandais ».

Wax, cire en anglais désigne le procédé technique de tampons sur tissus hérité du batik indonésien, puis commercialisé par les hollandais et les anglais. Certains historiens remontent plus loin dans ses origines et affirment qu’un procédé similaire existait déjà en Egypte pharaonique. 

A qui profite cette folie wax ?

Le marché du wax est lucratif : il représente plus de 300 000 millions d’euros à l’heure où la maison hollandaise de luxe Vlisco a fêté ses 170 ans d’existence. A qui profite cette folie wax quand la production chinoise représente 90% du marché et celle sur le continent seulement 10% ? Comment survivent les créateurs qui ont fait le choix de produire exclusivement sur le continent et permettent par leur engagement de maintenir cette faible statistique de 10% ?

Les jeunes créateurs issus de la diaspora, sont de nouveaux entrepreneurs qui mettent un point d’honneur à développer économiquement leur pays d’origine grâce à leur marque de vêtements.

Shade Affogbolo créatrice de Nash Prints depuis 2013 nous explique que si elle a utilisé du wax jusqu’à maintenant ce n’est pas la fin du projet mais juste un moyen pour se faire connaitre.

Faute de moyens elle reconnaît avoir acheté du wax chinois car le Vlisco reste trop onéreux pour sa marque en plein développement. Mais l’atelier de son couturier Parfait au Bénin à Cotonou permet de faire vivre et travailler une dizaine de personnes.

Sa collaboration avec la marque de prêt-à-porter Pimkie a permis de faire connaitre la marque à plus grande échelle. Elle a été un tremplin pour vendre des collections à des boutiques américaines, françaises, et bruxelloises. Tout cela a permis de réinvestir les bénéfices et d’acheter des machines et équiper davantage l’atelier béninois à Cotonou.

Lorraine Koné, créatrice de la marque Korry Wade depuis 2015, a également un fort engagement social car pour chacune de ses ventes via son e-shop : un euro est reversé à des associations de jeunes mères et à leurs enfants en Côte d’Ivoire et au Ghana.

Un article paru dans Le Monde le 12 janvier 2017 intitulé : Comment le wax fait croire qu’il est africain et étouffe les vrais tissus du continent ? pose une autre polémique.

En effet, comment lutter contre le monopole du wax et faire connaître les autres textiles made in Africa ?

La starification du wax se fait au détriment des autres textiles encore trop méconnus. Comment les stylistes travaillent pour inverser cette tendance et faire connaître l‘immense panel des autres textiles africains ?

Lorraine Koné, créatrice de la marque Korry Wade envisage la problématique ainsi«  Le wax est africain culturellement même s’il a son histoire complexe. Donc il n’est pas question de décoloniser ce tissu mais plutôt de se le réapproprier. Nous sommes encore en plein processus de décolonisation donc on ne peut pas parler de décolonisation de ce tissu alors que le processus n’est pas encore terminé. Je me suis réapproprié le wax pour son côté affectif. Pour moi le wax a été un pied à l’étrier pour me faire connaître sur le marché comme marque africaine, mais je suis profondément inspirée par tous les autres textiles du continent et j’ai envie de créer une renaissance de tous ces tissus traditionnels africains en valorisant tous ces savoir-faire !  « .

Le bogolan, le kenté, le bazin, l’indigo connaîtront-ils un jour la même success story que le wax ?

 

A Paris Malick Sidibé fait twister la Fondation Cartier

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Exposition Mali Twist à la Fondation Cartier 

Façade de la Fondation Cartier. Expo Mali Twist. Copyright photo : Claire Nini

Façade de la Fondation Cartier. Expo Mali Twist. Copyright photo : Claire Nini

La photographie contemporaine malienne est de nouveau à l’honneur à Paris. On se souvient de la grande rétrospective consacrée à Seydou Keïta au Grand Palais l’année dernière, qui avait été inaugurée par un concert exceptionnel de la chanteuse Inna Modja. Cette année, c’est Malick Sidibé qui est à la une. La Fondation Cartier pour l’art contemporain célèbre le talent de celui que l’on surnomme « l’œil de Bamako », dans une exposition inédite de 250 photographies.  

Autoportraits de Malick Sidibé jeune. Fondation Cartier. Copyright photo : Claire Nini

Autoportraits de Malick Sidibé jeune. Fondation Cartier. Copyright photo : Claire Nini

Malick Sidibé est né dans une famille de paysans peules dans le sud du Mali à Soloba, proche de la frontière guinéenne. Il raconte que c’est sa mère qui avait fait un rêve prémonitoire. Alors qu’il était encore un jeune garçon, elle s’était levée un matin en lui faisant part de sa vision nocturne:

« Malick tu punaiseras toute ma chambre de photographies » lui avait-elle dit.

Un vœu exaucé, car Malick Sidibé est le premier photographe africain à recevoir le Lion d’Or d’honneur pour l’ensemble de sa carrière à la Biennale d’art contemporain de Venise en 2007.

Reproduction du studio photo de Malick dans l'expo à la Fondation Cartier. Copyright photo : Claire Nini

Reproduction du studio photo de Malick dans l’expo à la Fondation Cartier. Copyright photo : Claire Nini

Replongeons-nous dans le contexte historique : nous sommes dans les années soixante à Bamako, la capitale du Mali qui vient d’acquérir son indépendance. Tout le pays est en liesse, il y a un souffle de liberté ! La jeunesse bamakoise danse aux sons des musiques américaines à la mode. Bamako ne dort pas ! Le jeune Malick Sidibé est alors de toutes les surprises parties, où il est convié pour saisir cette effervescence nouvelle et immortaliser cette jeunesse éternelle dans ces clichés de fêtes aujourd’hui célèbres.

« J’étais le seul jeune reporter de Bamako à faire des photos dans les surprises parties. Les jeunes de Bamako se regroupaient en clubs. Ils empruntaient les noms à leurs idoles : les Spotnicks, les chats sauvages, les Beatles, les chaussettes noires… J’étais toujours informé directement par les jeunes par des « prieries » : prière de nous honorer de votre présence. On avait beaucoup d’occasions de s’amuser ! » Tel est le témoignage du reporter de la jeunesse inscrit directement sur les murs de l’exposition à la Fondation Cartier.

Planches contacts des photos de soirées. Copyright photo : Claire Nini

Planches contacts des photos de soirées. Copyright photo : Claire Nini

Planches contacts des photos de soirées. Copyright photo : Claire Nini

Planches contacts des photos de soirées. Copyright photo : Claire Nini

Un film documentaire de 64 minutes intitulé « Dolce Vita Africana » nous livre un portrait touchant de Malick Sidibé dans toute sa spontanéité et simplicité. On comprend que si Malick est une star en Europe, il est avant tout une figure emblématique de son quartier bamakois et un homme attachant par sa modestie.

On le voit travailler dans son studio ou jouer avec ses quinze enfants dans sa maison (Malick avait quatres femmes !).

Quotidiennement, les voisins et amis d’autres quartiers de la capitale malienne viennent lui rendre visite dans son modeste studio. On feuillette alors avec nostalgie les albums de ces folles soirées bamakoises.

 » En Europe, on dit que je suis un grand photographe, mais ce sont les gens de ma génération, tous ces jeunes qui m’ont rendu célèbre. Ce sont eux qui m’ont inspiré, c’est de là que vient mon talent ! Nous avons grandi ensemble », témoigne modestement Malick.

Et en effet, près de trente ans plus tard, on retrouve dans le film documentaire les personnages charismatiques de l’époque affublés de surnoms rivalisant d’originalité : le cubain, l’américain…

A l’époque, chaque groupe avait son idole ou sa musique préférée : de la rumba à la salsa en passant par le rock’n’roll et le twist.

« Je crois, mais ça n’engage que moi, que la jeunesse de cette époque a beaucoup aimé les musiques twist, rock, afro-cubaine car elles permettaient aux garçons et aux filles de se rapprocher, de se toucher, de se coller. C’était impossible avec la musique traditionnelle », raconte Malick.

Un de ses amis, nuance le propos : « Il y avait une liberté mais aussi une pudeur. On amenait les filles danser après avoir demandé la permission à leur père ou à leur mari, mais ça n’allait jamais plus loin… »

L'artiste JP Mika devant la chronologie de l'expo Mali Twist à la Fondation Cartier. Copyright photo : Claire Nini

L’artiste JP Mika devant la chronologie de l’expo Mali Twist à la Fondation Cartier. Copyright photo : Claire Nini

L’exposition présente également des peintures de l’artiste JP Mika dont on avait découvert le travail à la Fondation Cartier lors de « Beauté Congo ». La composition picturale des toiles de ce jeune artiste congolais est un hommage à la tradition photographique de studio et plus précisément au photographe Malick Sidibé.

« J’aimais la photographie en mouvement. Pendant les soirées, les jeunes influencés par la musique sont excités, déchaînés, comme en transe. Quand je les regardais gesticuler avec tant de ferveur, je me disais : Danser c’est bon, dans la vie il faut s’amuser, après la mort c’est fini ! », avait pour habitude de dire Malick.

Aujourd’hui, Malick n’est malheureusement plus de ce monde, mais grâce à son oeuvre photographique la vie et la fête continueront éternellement ! De nombreux artistes de la nouvelle génération continuent d’être inspirés par ce photographe de génie.

L'artiste JP Mika pose devant ses tableaux. Copyright photo : Claire Nini

L’artiste JP Mika pose devant ses tableaux. Copyright photo : Claire Nini

Cercueil Appareil Photo. Copyright photo : Claire Nini

Cercueil Appareil Photo. Copyright photo : Claire Nini

 

Conversations aphrodisiaques avec Pascale Marthine Tayou et Jérôme Sans

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L’artiste Pascale Marthine Tayou et le commissaire d’exposition Jérôme Sans se sont rencontrés en 1998 lors de la Biennale d’art contemporain de Sydney. Depuis, une belle complicité s’est tissée au fil des projets et des années. Pour les 10 ans de l’implantation de Galleria continua en France sur le site des Moulins (à une heure de Paris) Jérôme Sans est le commissaire de l’exposition Voodoo Child, il met en lumière des installations monumentales inédites et des œuvres plus anciennes de Pascale Marthine TayouOn célèbre aussi les 20 ans d’amitié et d’échanges artistiques entre le commissaire et l’artiste dans un livre intitulé : L’interview afro-disiak. Rencontre avec l’artiste, qui préfère se définir comme un « faiseur », et son commissaire d’exposition qui se sont prêtés au jeu de l’interview croisée.

Pascale Marthine Tayou et Jérôme Sans devant l'arbre à palabresà la Galleria Continua Les Moulins. Copyright photo : Claire Nini

Pascale Marthine Tayou et Jérôme Sans devant l’arbre à palabres à la Galleria Continua Les Moulins. Crédit photo : Claire Nini

Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre ?

Jérôme Sans : C’était en 1998 à la Biennale de Sydney. Je me suis retrouvé face à l’installation « Cameroon Soccer Open »  qui ressemblait à l’évocation d’un match de football après la partie. Les éléments étaient disparates et je ne comprenais pas les règles du jeu de cette œuvre. J’étais interloqué par le vocabulaire de cette installation qui ne ressemblait à rien de ce que j’avais pu voir jusqu’alors. Voulant dénouer l’énigme de cette œuvre, j’ai posé une question à l’artiste qui, par chance, se trouvait en face de moi. Sa réponse était très originale, avec une approche très poétique, différente du décryptage analytique et théorique que développent les artistes en parlant de leur travail. Sans que nous nous en rendions compte, notre relation a commencé à ce moment précis et depuis, nous sommes en dialogue perpétuel, même s’il est sporadique.

Pascale Marthine Tayou : Notre première rencontre a eu lieu à Sydney, Jérôme retient mieux les dates que moi. Ce fût une rencontre forte. Depuis, nos moments de conversations sont plus importants que les temps d’expositions qui sont comme des pauses. Ce qui est intéressant dans ma relation avec Jérôme, ce sont nos conversations.

Le livre « L’interview afro-diziak : Pascale Marthine Tayou et Jérôme Sans » sort aujourd’hui et sera disponible à travers la Galerie Continua, pouvez-vous nous raconter cette aventure ?

PMT : Le livre est une introduction à toutes nos conversations depuis toutes ces années.

JS : Nous avons depuis cette première rencontre une relation assez intime. Nous nous retrouvons de manière assez récurrente pour discuter de nos différents projets ensemble ici et là. L’idée de ce livre était de faire la somme de nos discussions au cours des vingts dernières années et de les nourrir de nouveaux questionnements.

Vue de l'expo Voodoo Child de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua Les Moulins. Copyright photo : Claire Nini

Vue de l’expo Voodoo Child de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua Les Moulins. Crédit photo : Claire Nini

L’exposition Voodoo Child, dont le commissariat est assuré par Jérôme Sans, présente à la fois des nouvelles pièces et des anciennes œuvres, pouvez-vous nous en dire davantage ?

PMT : L’expo Voodoo Child est un nouveau display dans lequel j’ai essayé de créer des modules ludiques. Jérôme a distribué ces éléments comme s’ils étaient des applications sur un système. Nous invitons le public à y plonger et à créer son propre système.

JS : Ce terme de display correspond en effet assez bien à cette exposition. Pascale joue avec les mots, l’art, les situations, la vie… En tout cas, il n’était pas du tout question de faire une exposition scientifique, historique ou linéaire. Nous avons plutôt cherché à créer un dialogue entre ces œuvres très différentes (sculptures, tableaux,installations) qui développent un territoire à la fois rugueux, bruyant, chaleureux et coloré. Relier tous ces éléments ensemble peut parfois créer des courts-circuits. Ce ne sont que des propositions de cartographies que chacun peut reconfigurer, redénouer en imaginant de nouvelles histoires.

Vue de l'expo Voodoo Child de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua Les Moulins. Copyright photo : Claire Nini

Vue de l’expo Voodoo Child de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua Les Moulins. Crédit photo : Claire Nini

Qu’entendez-vous par ce titre, Voodoo Child ?

PMT : C’est un titre que j’ai validé. Le commissaire en parlera certainement mieux que moi. C’est un projet de commissariat qui suppose ou conçoit que je sois l’enfant du vaudou. Mais qu’est-ce que le vaudou aujourd’hui (puisqu’on parle d’un vaudou contemporain et pas passéiste) ? Le titre n’est qu’une proposition… Ce qui m’intéresse dans la vie c’est l’humain au sens global.

JS : Bien sûr, s’il y a dans ce titre d’abord un clin d’œil à Jimi Hendrix, c’est aussi un hommage à la virtuosité singulière et à la dextérité artistique de Pascale qui passe tour à tour d’un élément trouvé dans la rue à un autre élément acheté dans une boutique ou rencontré sur son chemin. Il y a une fraîcheur dans son travail, une excitation du premier accord joué, un appel à rester ouvert sur le monde, à rester positif : une sorte d’éternelle jeunesse. Pascale, qui ne se prend jamais au sérieux, recherche en nous tous les enfants que nous avons été et que nous sommes. Nous sommes tous des enfants du vaudou, des voodoo children, nous sommes tous africains quelque part. Je rejoins Pascale dans cette affirmation d’un vaudou ultra contemporain, ultra connecté, voire futuriste…

Portrait de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua Les Moulins. Copyright photo : Claire Nini

Portrait de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua Les Moulins. Crédit photo : Claire Nini

Pascale Marthine Tayou, j’aimerais que l’on revienne sur votre relation particulière avec la Galerie Continua en France, qui fête ses 10 ans. Vous êtes l’un de leur artistes phare avec Daniel Buren ou Anish Kapoor… 

PMT : Ma relation avec la Galerie Continua a commencé justement au moment où je cherchais à me défaire du système des galeries. Ça ne m’intéressait pas de collaborer avec des galeries, et un des trois directeurs m’a interpellé pour me proposer une production. Vous dites que je suis un artiste phare de la galerie, je ne sais pas vraiment ce que cela veut dire d’être un artiste… Mais si vous le dites c’est que vous savez pourquoi vous le dites (rires). Peut-être c’est ce que je fais qui suppose cela.

Dans ce cas Pascale, tentez de nous donner votre définition :

PMT : Je fuis beaucoup la scène même si la scène est paradoxalement mon lieu de travail, c’est une protection, je préfère raser les murs… (rires) La définition d’artiste est trop fourre-tout. J’ai un certain parcours, mais je ne pense pas que ce soit ma personne dans la chaîne qui soit importante mais plutôt comment donner la place aux émotions, aux sensations. Je préfère dire que je suis un « faiseur », un « proposant »… Mes propositions doivent permettre de faire réfléchir. Ce sont des pistes…

Jérôme, Pascale n’aime pas qu’on le définisse comme un artiste, comment le définiriez-vous ? 

JS: Je crois que ce qui fait peur à Pascale dans cette définition d’artiste c’est son cadre trop limitatif. Le mot artiste le campe dans un contexte qu’il refuse. Il préfère effectivement le terme de « faiseur » que son père lui a donné un jour pour définir sa pratique. Le faiseur prend des risques. Le qualificatif d’artiste ne lui convient pas car cela sous-entend celui qui regarde le monde à distance. Or, Pascale regarde le monde de l’intérieur, il regarde avec le monde. Il n’est pas celui qui juge,qui regarde l’autre, il est véritablement avec l’autre dans le monde.

Quels sont vos prochains projets ?

PMT : Je reviens de la Biennale de Milan. J’ai récemment fait partie d’une exposition collective sur la nouvelle scène contemporaine cubaine car je suis aussi un peu cubain ! La semaine prochaine, je vais à Miami pour une exposition personnelle. J’ai peur d’aller au-delà d’une semaine dans mes plannings. (rires)

JS : Effectivement, ce livre n’est que le premier chapitre, une introduction au volume 2 qui sortira dans quelques années. Ce qui m’intéresse, c’est de travailler dans la durée avec les artistes et avoir la chance de pouvoir les accompagner dans le temps. Être en dialogue avec un artiste en plein cheminement dans des discussions personnelles et artistiques.

Vue de l'expo Voodoo Child de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua Les Moulins. Copyright photo : Claire Nini

Vue de l’expo Voodoo Child de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua Les Moulins. Crédit photo : Claire Nini

Pour conclure, avez-vous une anecdote à nous raconter ? 

PMT : Je me souviens d’une anecdote à propos de l’installation de la colonne Pascale dans le quartier de New Bell à Douala au Cameroun. Cela faisait seulement une journée que la colonne était en place et je rencontre un riverain qui ne savait pas que j’en étais l’auteur et qui me donne son explication.

Il me dit ceci : « C’est le siège d’une confrérie ésotérique. Pendant que la ville dort, les magiciens viennent ici toutes les nuits et font un festin après avoir descendu une par une les casseroles. Dès que l’aube arrive ils remettent tout en place et disparaissent. »

Le lendemain lors du vernissage officiel avec Doual’art autour de ma colonnen alors que je fais un discours, je repère dans la foule cette même personne qui entend une autre version de l’histoire.

Ce qui m’intéresse dans cette anecdote, c’est comment cet homme s’est approprié l’œuvre en fonction de sa localité, de sa pensée locale.

Vue de l'expo Voodoo Child de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua Les Moulins. Copyright photo : Claire Nini

Vue de l’expo Voodoo Child de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua Les Moulins. Crédit photo : Claire Nini

JS : Je me souviens avoir eu la chance de me retrouver au Cameroun à Douala avec Pascale dans ce même quartier, non loin de l’endroit où fût installée ensuite la colonne Pascale. Pascale m’avait emmené déguster un poisson grillé dans un modeste restaurant fait de bric et de brocc, qui s’est avéré être l’un des meilleurs poissons que je n’ai jamais mangé. Nous repensions à tout ce que nous avions fait ensemble partout dans le monde. Avoir cette réflexion dans ce lieu précis : c’était vraiment un moment de grâce !

Le livre l’interview Afro Disiak est  édité par la Galleria Continua, et disponible à Galleria Continua/Les Moulins (Boissy-le-Châtel)